Quels métiers porteurs d’ici 2022 ?



Entre 2012 et 2022, 800 000 postes par an seraient à pourvoir, en moyenne. Environ 80 % de ces postes à pourvoir correspondent à des départs en fin de carrière, les autres sont des créations nettes d’emploi.

A l’horizon 2022, les métiers du commerce et des services resteraient dynamiques, notamment les professions de soins et de services aux personnes. La progression de l’emploi dans les métiers très qualifiés et la diminution de l’emploi pour les métiers d’ouvriers et d’employés qualifiés se poursuivraient. Les créations d’emploi dans les métiers peu qualifiés d’aide à la personne et autres métiers de services (employés de l’hôtellerie restauration, agents de gardiennage et de sécurité) compenseraient les destructions d’emplois d’ouvrier non ou peu qualifié.

Cette synthèse présente les métiers qui vont recruter d’ici 2022. Elle s’appuie sur un exercice de prospective piloté par France Stratégie, réalisé en partenariat avec la Dares et publié en juillet 2014.


1 – Points de repère

Cet exercice de prospective s’appuie sur trois scénarios : un scénario plutôt optimiste (appelé « cible »), un deuxième plutôt pessimiste (appelé « crise ») et un troisième qualifié de « central ».
Selon le scénario envisagé, entre 735 000 et 830 000 postes par an seraient à pourvoir entre 2012 et 2022. Sur cette période, les 20 métiers qui offriraient le plus grand nombre de postes à pourvoir présentés dans le graphique 4 ci-après. Ces débouchés à l’horizon 2022, intéressant en particulier l’insertion professionnelle, résultent, sauf exception, d’un grand nombre de départs en fin de carrière auquel s’ajoute un certain volume de création d’emploi.

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Lecture du graphique : sur la période 2012-2022, 387 000 postes d’agent d’entretien seraient à pourvoir, dont 375 000 pour remplacer des départs en fin de carrière et 12 000 pour répondre à des créations nettes d’emploi. Les métiers d’employé administratif de la fonction publique de catégorie C ou assimilés perdraient 51 000 emplois entre 2012 et 2022 et compteraient 262 000 départs en fin de carrière. Au total, 211 000 postes seraient donc à pourvoir (262 000 - 51 000), soit un nombre inférieur à celui des départs en fin de carrière.
Source : Projections France Stratégie-Dares.

Départs en fin de carrière et créations d’emploi

Entre 2012 et 2022, les départs en fin de carrière devraient atteindre près de 6,2 millions, soit environ 620 000 par an en moyenne, contre environ 540 000 sur la période 2008-2012, et donc 80 000 départs de plus par an à l’horizon 2022.

Le niveau des créations d’emploi varie en fonction du scénario : de près d’ 1,2 million pour le scénario « crise » à 2,1 million pour le scénario « cible », en passant par 1,8 million pour le scénario « central », soit environ 177 000 par an en moyenne.

Au final, sur la période 2012-2022, en additionnant les départs en fin de carrière et les créations nettes d’emploi, le nombre annuel de postes à pourvoir varierait entre 735 000 et 832 000. Parmi ces postes à pourvoir, 78% seraient consécutifs de départs en fin de carrière (scénario « central »).

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Source : Projections France Stratégie-Dares.

Dans l’analyse du scénario « central », certains métiers conjugueront de fortes créations d’emploi et des départs en fin de carrière conséquents, notamment les métiers d’assistance aux personnes, ce qui amènera de nombreux postes à pourvoir. D’autres, au contraire, pourraient connaître des pertes d’emploi, conjuguées à des départs en fin de carrière plus ou moins importants : ouvriers de l’industrie, agriculteurs ou employés administratifs de la fonction publique.

Des tendances lourdes se dégagent de cet exercice prospectif : la tertiarisation des emplois se poursuivrait. D’une part, les métiers du commerce et des services devraient continuer à se développer, avec notamment de fortes créations d’emploi dans les professions de soin (à l’exception des médecins) et des services aux personnes. D’autre part, les emplois administratifs de la fonction publique et les emplois de secrétaires connaîtraient au contraire un repli.

Les métiers industriels se stabiliseraient : les pertes d’emploi seraient moins fortes que par le passé parmi les ouvriers non qualifiés de l’industrie et l’on observerait des créations pour certains métiers d’ouvrier qualifié.

Les métiers agricoles poursuivraient leur repli.

L’emploi continuerait de connaître une forte progression dans les métiers très qualifiés (principalement les métiers de cadre) et, en parallèle, une diminution du poids des ouvriers et employés qualifiés et une relative stabilité du poids des ouvriers et employés peu qualifiés. Situation que l’on qualifie de « polarisation de l’emploi », cependant moins marquée en France que dans certains pays. Les créations d’emploi dans les métiers peu qualifiés d’aide à la personne et autres métiers de services (employés de l’hôtellerie-restauration, agents de gardiennage et de sécurité) compensant les destructions d’emplois d’ouvrier peu ou pas qualifié.

L’ensemble de ces résultats est qualitativement inchangé quel que soit le scénario considéré.

Si l’on ajoute aux créations nettes d’emploi les départs en fin de carrière, les postes à pourvoir entre 2012 et 2022 apparaissent particulièrement nombreux pour les :

  • agents d’entretien ;
  • aides à domicile ;
  • enseignants ;
  • aides-soignants et infirmiers ;
  • cadres des services administratifs, comptables et financiers ;
  • conducteurs de véhicule ;
  • vendeurs.

2 – Évolutions et perspectives pour les métiers et les secteurs

Les opportunités d’emploi se conjugueront différemment selon les métiers : voici ci-dessous la synthèse des résultats du scénario « central ».

Forte dynamique des métiers de soins et d’aide aux personnes fragiles

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L’ensemble des professions de soins et d’aide aux personnes fragiles devrait bénéficier d’une forte dynamique de l’emploi, à l’exception des médecins, dont l’évolution dépend du numerus clausus et pour lesquels tous les départs en fin de carrière ne seraient pas remplacés à l’horizon 2022 (avec la destruction d’un peu plus de 20 000 postes en dix ans).

Aides à domicile, aides-soignants et infirmiers figureraient ainsi parmi les métiers qui gagneraient le plus d’emplois à l’horizon 2022, avec près de 35 000 créations nettes en moyenne par an, pour répondre aux besoins d’accompagnement de la dépendance, le développement de la médecine ambulatoire, le maintien à domicile des personnes âgées... (voir graphique 3).

Le métier d’aide à domicile serait même celui qui créerait le plus de postes sur les dix années à venir, aussi bien en termes de taux de croissance qu’en nombre de postes : près de 160 000 postes créés d’ici 2022, soit une hausse de 2,6 % en moyenne chaque année.

Le nombre d’assistantes maternelles devrait également augmenter plus rapidement que celui de l’ensemble des métiers pour répondre aux besoins encore insatisfaits de prise en charge des jeunes enfants.

Les départs en fin de carrière sont traditionnellement nombreux dans les métiers d’assistante maternelle et d’aide à domicile où l’âge médian est élevé (respectivement 45 et 47 ans contre 42 ans pour l’ensemble des métiers). Plus d’une personne sur trois est âgée d’au moins 50 ans.
Les postes à pourvoir devraient donc être très importants pour ces deux métiers dont les effectifs sont élevés. Entre 2012 et 2022, près de 500 000 postes seraient à pourvoir...

Le nombre de professionnels de l’action sociale, répondant aux besoins des personnes âgées, des personnes handicapées et des jeunes en difficulté, devrait également être orienté à la hausse, mais à un rythme moins soutenu que celui constaté dans les années 1990 et 2000.

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Source : Projections France Stratégie-Dares.

Fortes créations d’emploi dans les métiers hautement qualifiés

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Entre 2012 et 2022, les métiers très qualifiés seront également parmi les plus gros créateurs nets d’emploi et occuperont une part croissante de l’emploi. La croissance des métiers de cadres serait presque deux fois plus forte que celle de l’ensemble des métiers : +1,2% chaque année, contre +0,7%.

Parmi les cadres assurant des fonctions à dominante administrative et les managers (cadres de la banque et des assurances, cadres de la fonction publique, dirigeants d’entreprise, et dans une moindre mesure cadres des services administratifs, comptables et financiers et cadres commerciaux), la hausse du nombre d’emplois se conjuguerait avec de nombreux départs en fin de carrière.

Pour les cadres de la fonction publique, les départs en fin de carrière auraient un poids d’autant plus important dans les postes à pourvoir que les créations nettes d’emploi seraient plus faibles que pour la plupart des autres familles professionnelles de niveau cadre, dans un contexte d’ajustement budgétaire pour l’emploi public.

Les départs en fin de carrière seront proportionnellement moins nombreux pour les ingénieurs ou cadres techniques de l’industrie, le personnel d’études et de recherche, et surtout pour les ingénieurs de l’informatique, les recrutements se faisant avant tout en faveur de jeunes diplômés. A l’horizon 2022, ces trois familles professionnelles pourraient offrir au total 220 000 emplois supplémentaires, soit un taux de création nette de 2 % par an en moyenne.

D’ici à 2022, la croissance de l’emploi pour les professions intermédiaires serait également soutenue, proche de 1 % chaque année, bien plus élevée que celle de l’ensemble des métiers et souvent associée à des départs en fin de carrière nombreux. Ainsi, parmi les métiers qui bénéficieraient des plus importants volumes de création nettes d’emploi se trouvent les infirmiers, sages-femmes et les professions paramédicales (dont nous avons vu que la croissance était tirée par la dynamique générale des métiers de soin), ainsi que les techniciens des services administratifs, comptables et financiers.

Développement des métiers qualifiés du bâtiment, des transports et de la logistique dans une perspective environnementale

Dans le domaine du bâtiment et des travaux publics, les architectes et cadres, les techniciens et agents de maîtrise et, dans une moindre mesure, les ouvriers qualifiés devraient continuer de bénéficier de créations d’emploi à l’horizon 2022. Les créations seraient cependant moins nombreuses que lors de la décennie précédente en raison d’une croissance économique moins forte.
Les ouvriers qualifiés du second oeuvre (plombiers, électriciens, peintres, menuisiers, etc.), dont plus du tiers sont à leur compte, devraient quant à eux être concernés par des taux de départs en fin de carrière relativement importants, supérieurs à 2,6 % en moyenne chaque année (voir graphique 4).

À l’horizon 2022, les créations d’emploi dans les métiers du transport et de la logistique pourraient être limitées par l’augmentation du prix de l’énergie. La croissance du nombre de postes à pourvoir devrait être plus élevée pour les métiers les plus qualifiés tels que les agents d’exploitation de transports ou les cadres des transports, cadres de la logistique et navigants de l’aviation, tout en restant inférieure à l’évolution attendue pour d’autres métiers de cadre.

Des créations d’emploi nombreuses pour les métiers du commerce et de l’hôtellerie-restauration

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Les départs en fin de carrière seront limités (moins de 1,9 %) dans certains métiers peu qualifiés recrutant de nombreux jeunes comme :

  • les caissiers, vendeurs et attachés commerciaux ;
  • les cuisiniers et employés de l’hôtellerie et de la restauration ;
  • les coiffeurs et esthéticiens ;
  • les métiers de l’animation culturelle et sportive.

Le rythme des créations d’emploi y resterait relativement soutenu. Seul le métier de caissier ne profiterait pas de cette dynamique du secteur du commerce mais pâtirait de l’automatisation des caisses, en restant stable sur dix ans.

Au total, les recrutements resteront nombreux du fait d’un important turn-over dû à des horaires, des conditions salariales ou d’activité souvent difficiles.

De nombreux postes pour les employés de maison, agents d’entretien, conducteurs de véhicule et enseignants

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Les métiers d’employés de maison et d’agents d’entretien où la moyenne d’âge est élevée (la moitié des employés de maison a plus de 51 ans) compteront une proportion importante de postes à pourvoir pour pallier les cessations d’activité.

Les conducteurs de véhicule devraient être dans une configuration proche, avec un nombre de départs en fin de carrière élevé et des créations d’emploi quasi nulles.

Le remplacement des départs en fin de carrière devrait également engendrer un volume important de postes à pourvoir parmi les enseignants (300 000), malgré un rythme de créations d’emploi inférieur à la moyenne, la dynamique dans ce métier étant très dépendante des finances publiques.

Des pertes d’emploi moins fortes que par le passé parmi les ouvriers non qualifiés de l’industrie et des créations pour certains métiers d’ouvrier qualifié

Sur la période 2012-2022, certains métiers industriels devraient bénéficier de créations d’emploi, mais en nombre limité : il s’agirait surtout de professions intermédiaires telles que les techniciens et les agents de maîtrise des industries de process et de la maintenance en raison d’équipements industriels ou non industriels toujours plus élaborés. Les ouvriers qualifiés de la réparation automobile seraient également en croissance.

Dans d’autres métiers (ouvriers de la mécanique, de l’électricité-électronique, du textile-habillement, ouvriers des industries graphiques), l’emploi continuerait à se replier à un rythme cependant inférieur aux tendances observées dans les années 2000, dans un contexte de ralentissement de la désindustrialisation.

Des pertes d’emploi parmi les employés administratifs et surtout chez les agriculteurs

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L’emploi des secrétaires ou employés de la banque et des assurances va continuer de se réduire tandis que le nombre d’employés de la comptabilité ou de secrétaires de direction devrait rester quasiment stable.

Avec 2 % de créations nettes par an, les effectifs de techniciens des services administratifs, comptables et financiers continueraient pour leur part d’augmenter fortement, les fonctions d’expertise dans ces domaines ne se limitant pas aux seuls cadres.

Dans l’administration publique, les employés comme les professions intermédiaires devraient subir des réductions d’effectifs dans un contexte budgétaire contraint. Ces deux familles professionnelles pourraient ainsi perdre au total près de 80 000 emplois sur les dix prochaines années.

La baisse du nombre de militaires, policiers et pompiers devrait être plus marquée entre 2012 et 2022 que sur la dernière décennie.

Les agriculteurs, éleveurs ou sylviculteurs connaîtront comme par le passé d’importants flux de départs en fin de carrière qui ne seront pas compensés à l’identique par l’installation de jeunes exploitants ou l’embauche de nouveaux salariés. Même si le rythme des pertes d’emploi était inférieur à la tendance passée, ce métier serait celui qui perdrait le plus d’emploi à l’horizon 2022.

La part des femmes dans l’emploi continuerait de s’accroître

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Ces dernières années, et excepté sur les postes d’informaticien, la place des femmes parmi les cadres a très sensiblement augmenté tant dans des professions où elles sont déjà majoritaires ou presque (métiers de l’information et de la communication, cadres administratifs, médecins, professions juridiques, etc.) que dans d’autres où elles restent minoritaires comme les cadres des transports et de la logistique, ceux du bâtiment et des travaux publics (architectes notamment), les cadres commerciaux ou encore les chercheurs, ingénieurs et cadres techniques de l’industrie.
Les femmes pourraient former 49,1 % des personnes en emploi en 2022, contre 47,7 % en 2012.

Synthèse réalisée par Centre Inffo, juillet 2014.


Sources

Aller plus loin :

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