Portrait : Emmanuelle Boulay-Leportier, du centre social à la centrale nucléaire 



Un changement radical en à peine six mois : Emmanuelle Boulay-Leportier est passée du secteur social au réacteur nucléaire de Flamanville. La jeune trentenaire est aujourd’hui chargée d’essais.


Du social au nucléaire : en six mois Emmanuelle Boulay-Leportier a fait le grand saut en devenant chargée d’essais sur le gigantesque chantier de l’EPR (réacteur pressurisé) de Flamanville, dans la Manche. Une reconversion “à force d’insister”, tant ses premiers interlocuteurs ont été surpris par son choix et son profil. Mais la jeune trentenaire a su s’imposer. 

Rien ne la prédestinait à ce métier très technique et encore extrêmement masculin. “Bac L en poche, j’ai fait un cursus d’assistante sociale, de 2007 à 2010, explique-t-elle, mais je ne me retrouvais pas dans la formation.” Elle arrête une semaine avant le diplôme. 

Suivent un emploi en établissement de réinsertion scolaire et quatre années comme assistante d’éducation en collège, à Cherbourg. C’est après la naissance de son second enfant qu’elle décide son grand virage. Sa situation est précaire. “Je me suis dit qu’il était temps que je trouve quelque chose de plus stable !” Elle prend le problème à bras le corps et épluche les sites d’emploi. “J’ai recherché ce qui recrutait le plus.”  

Reconversion radicale 

“Je ne voulais plus être dans le social, admet-elle. Je n’avais plus envie, les débouchés ne sont pas nombreux par ici, et je voulais quelque chose de plus concret.” Elle découvre la formation de chargé d’essais. Grand sourire aux lèvres, elle se souvient de ses premiers contacts avec le Gréta... qui n’aboutissent pas. “Il fallait au minimum un bac S.”  
Elle insiste, passe par Pôle emploi, où on lui déconseille cette voie. Elle n’en démord pas, et obtient d’être présente à une réunion d’information en présence des entreprises recruteuses. 

Pendant trois semaines, elle s’entraîne intensivement, soutenue par son mari, électricien. Tests psychotechniques, maths, électricité... elle parvient à s’imposer. 
Reste le plus grand défi : convaincre un futur employeur, étape indispensable pour intégrer la formation. “La plupart des gens qui étaient là avaient déjà un bagage très technique, mais Axima a cru en moi.” La filiale d’Engie (ex-GDF Suez) s’engage à la recruter pour un minimum de six mois. 
Commence une formation intense, de décembre à juin, menée par le Gréta. Ventilation, maintenance, électricité, mathématiques. Elle salue “le très bon accompagnement” pour toute cette période. Elle valide son certificat de qualification paritaire de la métallurgie (CQPM). 

Aujourd’hui, elle semble pleinement épanouie dans ce nouveau monde. “Je suis encore dans la nouveauté et la découverte”, tempère-t-elle. En ce moment, elle s’affaire au “réglage des registres” du colossal système de ventilation. “Nous effectuons des mesures de pression pour voir si il passe le bon débit d’air au bon endroit.” Ce monde d’homme s’est révélé accueillant : “Au début, ils ne misaient pas beaucoup sur moi, mais ils ont vu à quel point j’étais impliquée.” 
En revenant sur ce parcours, elle n’aurait qu’une chose à changer : attendre peut-être que son fils soit un peu plus grand pour se lancer. Mais elle n’aurait qu’un seul conseil : “Ne pas hésiter ! ” 


Nils Hedouin, Centre Inffo


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