Sophie, médiatrice de l’alternance dans un CFA



Sophie est médiatrice de l’alternance au sein d’un Centre de Formation d’Apprentis depuis 3 ans.
Son rôle consiste à accompagner les jeunes, à faire en sorte qu’ils ne rompent pas leur contrat d’apprentissage en cours d’année.

Pour ce faire, elle mise notamment sur la reconstruction de l’estime de soi : « Au sein du CFA, on a des jeunes en grandes difficultés scolaires, qui ont eu des parcours chaotiques, dans ce cas, notre rôle est de leur donner un discours positif sur eux-mêmes, ce qu’ils n’ont pas eu l’habitude d’entendre. »


Sophie, parle-moi un peu de ton poste

Je suis médiatrice de l’alternance depuis trois ans au sein du CFA Propreté inhni Ile-de-France.
En réalité, mon métier n’existe pas réellement sous cette appellation, car je fais de l‘accompagnement, du maintien dans l’emploi. Mon rôle consiste à sécuriser le parcours des jeunes du CFA pour qu’ils ne décrochent pas. Pour cela, je vais tisser des relations avec des partenaires pour pouvoir répondre à des problématiques diverses et variées, d’ordre plutôt sociales. Par exemple, si un de nos apprentis est mis à la porte de son domicile, je vais intervenir dans la recherche d’un logement. Si le jeune n’a plus de logement, cela va être plus difficile pour lui de continuer à travailler et de suivre les cours au CFA.

Au sein du CFA, on a des jeunes en grandes difficultés scolaires, qui ont eu des parcours chaotiques, dans ce cas, notre rôle est de leur donner un discours positif sur eux-mêmes, ce qu’ils n’ont pas eu l’habitude d’entendre. Je travaille étroitement avec l’équipe pédagogique. Même si je suis tenue au secret professionnel, je vais faire le relais auprès des formateurs pour leur indiquer qu’il y a une difficulté particulière à un moment précis.

Un métier peu répandu ...

En Ile-de-France, à ma connaissance, je suis la seule à avoir ce type de poste au sein d’un CFA, mon poste s’apparente au métier de CPE dans un collège sans avoir la gestion administrative des absences et des plannings. Je gère les absences différemment, dans le sens où je vais essayer de comprendre pourquoi le jeune est absent. L’absence est un symptôme notamment si elles sont répétées.

Tu es confrontée à des parcours de vie difficile, tu n’as jamais eu envie de te révolter ?

Le jour où je trouverai ça normal, ou cela sera banalisé, je changerai de métier. Se révolter quotidiennement c’est moteur et ça permet de se surpasser.
Sinon, je n’ai pas de sentiment de culpabilité, certes il y a du questionnement, par exemple quand j’ai des personnes sans logement, j’ai envie de les héberger, c’est humain. Ce n’est pas une solution, mais on a toujours ce côté où on veut tendre la main.
Après, il faut aussi faire attention à la bonne volonté, car cela peut être dévastateur. Laissons faire les professionnels avec les moyens et les compétences qu’ils ont. Chacun a des compétences spécifiques et il faut arrêter de vouloir tout faire chacun dans son coin, il faut savoir passer le relais.

Quelle formation as-tu suivie ? Quel a été ton parcours professionnel ?

Après des études supérieures en psychologie clinique, j’avais envie de me diriger vers la formation, la transmission, sans savoir ce que je voulais exactement. J’ai donc fait un bilan de compétences approfondi qui m’a conduit vers le métier de conseiller en insertion professionnelle. Grâce à Pôle Emploi, j’ai réalisé un stage d’une semaine au sein d’un organisme de formation pour voir concrètement en quoi consiste le poste. Suite à ce stage, j’ai été embauché.

J’ai appris mon métier sur le tas, en côtoyant des personnes plus expérimentées. Je me suis spécialisée dans l’insertion professionnelle des jeunes notamment par la mise en place de pré qualification dans le secteur carrières sanitaires et sociales. L’objectif de cette démarche était de les rendre plus autonomes pour leur permettre de suivre un cursus dit « normal » via l’éducation nationale.

Aujourd’hui, je travaille dans un CFA, c’est le challenge apprentissage qui m’a attiré car je trouve que c’est une formation adaptée à notre système économique actuel. Dans mon métier, il faut changer d’environnement régulièrement car sinon on a l’impression de savoir des choses et on est moins opérationnels.

Quelles sont les qualités et les compétences pour faire ton métier ?

L’empathie, la curiosité, l’écoute et l’intérêt de l’autre comme dans tout métier relationnel. Il faut avoir la capacité à se mettre à la place des autres, d’essayer de comprendre l’état d’esprit, le positionnement de la personne même s’il faut savoir garder une distance.

Il faut avoir malgré tout une bonne connaissance de l’environnement socio-économique, être au courant des métiers en tension, du positionnement du gouvernement sur tel ou tel dispositif d’accès. Par exemple, il y a eu une réforme sur le quota d’alternants dans les entreprises, cela a forcément un impact sur notre CFA. Donc si c’est quelque chose que l’on ignore, on se retrouve un peu désemparé.
Il faut être curieux, s’ouvrir au maximum à tout ce qui nous entoure et qui influe notre fonctionnement.

Un conseil à donner ?

C’est un métier passionnant, très enrichissant et très valorisant, car on a le retour de celui qu’on accompagne. On n’a pas des salaires mirobolants, mais on a une reconnaissance quasi quotidienne des personnes que l’on accompagne.


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